Le Grand Break

Vagabondages & tribulations, de la Carretera austral à la Ruta 405

Depuis Puerto Chacabuco, petit port bien paumé au Chili, notre objectif est de rejoindre la ville de Los Antiguos à la frontière argentine.
250km qui nous prendront 2 jours…

Sur le papier notre plan était assez simple :
– depuis Puerto Chacabuco, rejoindre Puerto Aysen en bus
– puis prendre un deuxième bus jusque Coyhaique
– prendre un troisième bus jusque Puerto Ibañez
– de là, prendre un ferry pour traverser le lac et rejoindre Chile Chico, poste frontière chilien
– traverser la frontière à pied ou en stop et arriver à Los Antiguos
– à Los Antiguos, prendre un bus de nuit pour El Chaltén !

Vous trouvez ça compliqué ? En vrai, c’était 10 fois pire 🙂

 

Étape 1 – Puerto Chacabuco > Puerto Aysen : comme sur des roulettes

La première étape ne présage que du bon : sitôt descendus du bus, un Chilien nous propose de nous emmener à Puerto Aysen, on prend les deux dernières places de son mini-van et on démarre tout de suite.

 

Étape 2 – Puerto Aysen > Coyhaique : c’est facile en fait !

Notre chauffeur nous dépose, nous et plusieurs Chiliens, à la station de bus de Puerto Aysen. Il est 7h 10, il nous reste 50mn à attendre dans le froid.
Puis finalement il repasse 10mn plus tard et nous propose de nous faire la course, un peu plus cher mais tout de suite. On est tous d’accord, on y va.
On fait la route avec Malo qui nous a rejoints entre temps et ne sait toujours pas où il va.

 

Étape 3 – Coyhaique > Cerro Castillo : la grande vadrouille

À la gare de bus de Coyhaique, petite baisse d’enthousiasme : aucune compagnie ne va à Puerto Ibañez ou Chile Chico.
On nous dit qu’un bus part tous les jours, personne ne sait trop à quelle heure. Qu’il part devant le supermarché, à moins que ce ne soit depuis une autre gare routière. Qu’on devrait peut-être y aller en stop tout compte fait. Que de toute façon on est samedi, et que le samedi, aucun bateau ne part de Puerto Ibañez. On est perdus.
Devant le supermarché, la dame qui vend des empanadas nous assure que le bus pour Puerto Ibañez passera à 9h30. Que c’est un bus rouge et blanc. Ou peut-être jaune, en fait elle ne sait plus très bien. Et puis j’ai bien du mal à la comprendre, avec son accent du Chili bien profond.

À 9h45, toujours pas de bus… Rolando, un jeune Argentin qui a taxé une clope à Alex 5 minutes avant, nous dit que le bus ne passera pas aujourd’hui.
Lui habite Chile Chico, et a prévu de rentrer en stop comme il en a l’habitude. Il nous propose de venir avec lui. On a rien à le perdre, on le suit. On va donc tester le stop sur la Carreterra Austral.
À la station-service, un camionneur accepte de nous prendre et nous avance de quelques kilomètres. Puis on monte à l’arrière d’un pick-up. On n’attend pas très longtemps. Il nous avance aussi un peu.
Et là, ça se complique. Le trafic s’est bien amenuisé, et aucune des rares voitures qui passent ne s’arrête. Nous attendons plus de 2h, il commence à pleuvoir. On a fait seulement 15km, il nous en reste une centaine, et on est coincés au milieu de nulle part avec Rolando dont on comprend un mot sur deux.
On s’apprête à traverser la route pour rebrousser chemin, quand enfin une voiture s’arrête, ouffff. On enchaînera assez rapidement les deux stops suivants.

En cours de route, Rolando nous confirme qu’il n’y a pas de bateau à Puerto Ibañez le samedi, mais que lui va s’arrêter en chemin à Cerro Castillo, où il a de la famille. Que depuis Cerro Castillo, il y a des bus tous les jours pour Chile Chico, via une route qui contourne le lac. Que sa famille tient un hospedaje et qu’on est les bienvenus. Que le plus simple pour nous serait de le suivre et prendre un bus demain matin.
Là on se dit que la solution de contourner le lac est peut-être en effet la meilleure, vu qu’on ne connaît pas les jours de fonctionnement ni les heures de ce fameux bateau.

Et on le suit. Rolando ne nous avait pas menti, le village de Cerro Castillo est magnifique, enfin surtout les montagnes qui l’entourent. Sûrement de beaux treks à la clé.

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Si vous croisez Claire, demandez-lui plus de détails sur le trip. Elle dit pas tout dans l’article !

Par contre, l’hospedaje se révèle être une sorte d’abri de jardin / squat / garçonnière bien crado. On comprend que Rolando vit là la plupart du temps, tout le temps peut-être ? On ne voit pas sa famille.

On prend sur nous, ce n’est que l’histoire d’une nuit, mais on est de plus en plus dans le doute, sans pouvoir se parler car notre hôte ne nous lâche pas d’une semelle. Rolando, qui paraissait paumé mais sympa au début, devient de plus en plus louche. Il n’est pas clair, se contredit, nous ment ouvertement sur plusieurs sujets. Il dévalise Alex en cigarettes, nous demande de lui acheter à manger, je crois même qu’il évoque l’idée de nous faire payer son taudis.
Je crois qu’on atteint le pompon quand il nous passe un de ses clips préférés à base de nanas en mini-short qui frétillent des fesses en nous disant : « es como una musica sexual ».
Hum. Notre décision est prise. Rolando, désolés mais finalement on est un peu fatigués là, on va essayer de se trouver une auberge tranquille.
Vexé, Rolando nous rétorque qu’il n’y a pas d’autre auberge dans le village mais nous souhaite bonne chance, ouf, on s’est sortis de nos beaux draps !

On se rend compte en discutant avec un villageois qu’en fait le bus pour Chile Chico n’existe pas. Et qu’en stop ça nous prendrait 2 jours. Rolando nous a bien menti sur toute la ligne, on est bien énervés.
Il ne nous reste plus qu’à revenir sur nos pas pour repartir vers Puerto Ibañez. Il est 15h, on peut y être ce soir.

 

Étape 4 – Cerro Castillo > Puerto Ibañez : petit coup de pouce

On marche 2km, énervés sous le grand cagnard, avant qu’un gentil monsieur nous prenne en stop. Il nous donne de l’espoir en nous disant qu’un bateau part à 17h30 ce jour-même, et nous dépose à l’embranchement 5km plus loin.
Et là, bien sûr, plus personne. On attend une bonne heure, deux voitures nous ignorent, et une troisième a à son bord une mamie désolée qui s’arrête 200m plus loin. Il est 16h30 et la perspective de pouvoir prendre le bateau aujourd’hui semble très compromise.

Et puis, devinez qui arrive, déposé par une voiture : ROLANDO. Il nous tourne autour, s’assoit à côté de nous, finit le fond de notre bouteille d’eau. On reste calmes. Et il repart. Pas de quoi nous effrayer mais on n’a pas franchement envie de s’attarder dans le coin.
On fait toutes nos prières, on croise les doigts, et là Alleluia, une voiture s’arrête, et Alleluia elle va à Ibañez, on est sauvés. Ce sont deux cadres dynamiques de Santiago, qui travaillent pour le marketing de la marque Salomon, et sont en repérage dans les paysages de la région.

Dans la voiture Alex est un vrai moulin à paroles et fait plus de progrès en espagnol en 20mn qu’en deux mois, tout content qu’il est de pouvoir parler à des gens normaux.
Les deux hommes nous escortent jusqu’au port et demandent pour nous les horaires des prochains départs. En fait il n’y avait bien aucun bateau aujourd’hui est le prochain est demain à 18h… Non, en fait, 11h ! Notre coeur joue aux montagnes russes en ce moment.
On achète aussitôt nos billets et on remercie chaleureusement les deux messieurs, nos héros du jour.

Et nous voici à Puerto Ibañez, petite bourgade tranquille pour ne pas dire complètement morte. Les rues sont vides, seul le vent semble occuper ces lieux et on a bien du mal à trouver un commerce ouvert. On se dégote finalement une petite cabaña en bois avec cheminée. On se cuisine un bon plat, on se pelotonne au coin du feu en savourant notre intimité retrouvée et on y passe une des meilleures nuits de notre vie.

Cette histoire me fait réfléchir et je me dis que, contrairement à ce qu’on entend souvent, voyager toute seule ça doit pas être facile tous les jours. Parce que cette situation, à deux c’etait drôle mais toute seule ça aurait été carrément l’angoisse. Parce que, quand on a du mal à juger rapidement les gens comme moi, la meilleure solution reste probablement de ne pas se fier aux inconnus. Et que du coup on se prive de chouettes rencontres. Parce que c’est quand même cool de se sentir protégée en permanence !

 

Étape 5 – Puerto Ibañez > Chile Chico : la bonne surprise

Dimanche matin, on traverse le village pour se rendre au lac, les rues sont toujours aussi mortes.

Nous allons traverser le lac General Carrera, un lac grand comme la Guadeloupe qui s’étend sur le Chili et l’Argentine (où il est baptisé lac Buenos Aires).

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« Tu nous as encore dégoté un ferry de luxe dis-moi »

La traversée dure environ 2 heures. Le vent est déchaîné et, entre deux rafales, on admire le lac et les montagnes alentour.

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Une croisière très agréable

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Une croisière contemplative

Le vert émeraude de l’eau passe soudainement au bleu profond, d’une intensité incroyable ! Après nos 33h de ferry on n’est toujours pas lassés de toutes ces nuances de bleu.

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Le p’tit capitaine du navire

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Étape 6 – Chile Chico > Los Antiguos : plus vite que prévu

On arrive à bon port à Chile Chico, un village tout aussi désert que Puerto Ibañez mais un peu plus accueillant :

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Grosse ambiance

La portion qui nous attend, on la redoutait un peu car 17km séparent Chile Chico de Los Antiguos côté argentin, et aucun transport public n’officie. Nos amis Guillaume & Gwen y étaient passé 3 semaines avant et avaient passé 4h à parcourir le trajet à pied, sur une route pas franchement agréable !
Assez vite, on trouve un taxi qui pour 7€ nous emmène au poste frontière. On a déjà gagné 6km.
Après avoir accompli les formalités de sortie du territoire, on trouve au bureau de douane un jeune couple qui se rend également en Argentine et accepte de nous emmener. Yeaaaah !

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« Promets-moi que c’est la dernière fois qu’on fait du stop ! »

On arrive donc à Los Antiguos, haut-lieu de la lutte socialiste…

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Les revendications ici sont assez simples, ils veulent plus de sous

Et capitale internationale de la cerise.

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Notez le biker des familles à gauche

Ça tombe bien car les cerisiers sont en fruits et on en profite !

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J’ai cueilli des cerises pour madame

Enfin, à part manger des cerises il n’y a pas grand-chose à faire alors on s’occupe comme on peut en attendant 20h et notre bus de nuit !

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« Plus que 5h à attendre »

 

Étape 7 – Los Antiguos > El Chaltén : finalement le bus c’est sympa !

À 20h, nous voici partis pour une petite nuit de bus direction El Chaltén, 650km plus au sud.

On savoure pleinement le confort de se savoir emmenés à bon port. On longe d’abord un moment le lac Buenos Aires, puis on rejoint la fameuse Ruta 40 et la pampa reprend ses droits, joliment éclairée par le soleil couchant et peuplée de guanacos, ces cousins du lama typiques de la Patagonie.

On regarde derrière nous, pas mécontents de laisser cette longue traversée derrière nous… Cap vers le sud, droit devant !

Désolée pour cet article bien trop loooong… Mais je me disais que c’est sympa aussi de vous raconter nos petites galères, ça fait partie du voyage et ça devient des bons souvenirs finalement. Parce que non notre voyage, c’est pas que des paysages de rêve et des rencontres géniales tous les jours !

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5 replies to Vagabondages & tribulations, de la Carretera austral à la Ruta 40

  1. Sophie

    Roooh ca fait flipper l’histoire avec le mec!! le problème des chiliens c’est de ne pas savoir dire qu’ils ne savent pas!! ca mène à des galères quelquefois du coup. Tout est bien qui finit bien en tout cas!!!

  2. Mamou

    Cela finit bien ouf ouf ouf…. Ne garder que le bon côté comme tu le dis Claire

  3. Cédric

    Rolando, boulet de catégorie internationale !

  4. Yeahhh ! J’ai adoré cet article !! Même si L’épisode avec Rolando est vraiment louche vous avez bien réagi et ce périple est épique !! Félicitations !!

    • Claire

      Hihi merci !! Ça a dû bien vous parler vous qui avez fait à peu près le même trajet… C’est sûr on s’en souviendra et c’est maintenant un bon souvenir, vive les galères !!

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